11 novembre 2009
Breakout !
Bon, si je voulais garder ce blog actif, c'est raté. Plein d'idées d'articles, presque écrits, mais même pas le temps de m'y mettre, je suis déjà sur trois ou quatre projets universitaro-bizarres, ça devrait se calmer d'ici un mois.
En attendant, donc
1. Liste d'article à venir et à vernir :
- La politique des pronoms
- Les nihilismes nietzschéens
- La publicité, l'adhésion ironique et le néolibéralisme
- Analyse et critique de : Blackest Night, Lost girls, Funny people
- La théorie institutionnelle de l'art face au problème des jeux vidéo
- Le panoptikon prismatique de facebook
2. Je vous présente (behold...) mon posterous ! À venir, plein de zoulies photos
http://vforverwirrung.posterous.com/
3. Mon groupe préféré du mois (depuis cet été, à vrai dire : ) Pony Pony run run
Malgré le nom complètement ridicule, ces nantais sont talentueux, dansants et chers à mon coeur
Même leur paroles idiotes vous rentrent dans la tête en deux secondes.
Demonstracion !
"I feel like a homeless kid when you're away..."
first date mullet Pony pony run run
envoyé par chupaxx64. - Clip, interview et concert.
Également :
PONY PONY RUN RUN - HEY YOU [OFFICIAL VIDEOCLIP]
envoyé par 3emebureau. - Clip, interview et concert.
11 octobre 2009
Moment de Nostalgie : Le dictionnaire du LODH
La Ligue orageuse des démons hurleurs, ou LODH, collectif défunt (2003-2005) et pourtant bien vivace, a commis au cours de son existence une masse non négligeable de textes, poèmes, tracts, dessins, et revues, restés entièrement confidentiels. En hommage à ces huluberlus, je reposterai au cours du présent mois quelques-uns de leurs faits d'armes les plus dignes d'intérêt, à commencer par ce pittoresque dictionnaire :
Dictionnaire du LODH
Adage : sont faits pour ne pas être respectés. Réunis, forment l’apogée de la contradiction.
Amour : sentiment suprême, paradoxe le plus passionnant de l’humanité. Relatif à la façon dont il est vécu. Drogue du cœur, apaise et émerveille l’esprit (souvent pour mieux le broyer ensuite). A le mérite de former l’homme aux choses de la vie. Vaut toujours la peine d’être vécu.
Art : religion des hommes libres.
Beauté : relative par essence. On la trouve en toute chose, il suffit de la voir.
Cinéma : affublé du titre de septième art, à tort : mérite place plus digne. Art de l’image sublimée, de l’esthétisme animé, malencontreusement trop souvent galvaudé du fait d’une récupération mercantiliste.
Créateur : tout être donnant naissance à une œuvre ou à un mouvement de pensée par la puissance de son esprit et de son corps ; l’homme n’étant pas considéré comme une œuvre, nous renions fervemment l’emploi et le sens religieux de ce terme.
Cthulhu : entité surhumaine et inhumaine qui, quoique charmeuse, a le regrettable défaut de ne pas exister. C’est bien dommage car en ce cas nous l’aurions vénéré avec le plus grand zèle (v. Lovecraft ; définition également applicable à Yog-Soggoth, Azathoth, Nyarlathotep, Shub-Niggurath, etc.)
DADA : transcendance de toutes les idées. Que sommes-nous en face de lui ?
Destruction : syn. création ; v. DADA
Échappatoire : poignard assassin de la médiocrité qui me fait face. Se manifeste de diverses façons, superposables, aléatoires et plus ou moins naturelles. Les portails ne restent pas toujours ouverts.
Étoffe : passer trop de temps à la broder ne revient pas à faire du beau.
Folie : 1. tout ce qui est exprimé de façon extrêmement déviante par rapport à la norme sociale (v. amour, poésie, musique, suicide, Lautréamont). 2. tourment bestial d’un esprit en peine ; existence des âmes mortes.
Humanité : vous. Malheureusement, nous aussi.
Jeux vidéos : (v. cinéma) ; considéré trop souvent comme un simple divertissement, peut abriter à n’en pas douter une certaine dimension artistique, mais elle semble s’ignorer pour le moment. L’univers de l’illusion audiovisuelle interactive est trop jeune, trop fragmenté, trop diversifié pour être pleinement jugé, peut être encore à la recherche d’une certaine identité globale. Suzuki, Miyamoto, Bushnell, Amano et quelques autres, génies de la création imaginative, sont la preuve d’un avenir artistique prometteur et en font un univers non négligeable malgré un aspect commercial et infantile.
Lautréamont : prophète adulé et respecté. Nous croyons fermement en sa folie.
Littérature : (v. Lautréamont, Lovecraft, Tzara) ; art des illusions fantomatiques et illimités. Procure une jouissance à nulle autre pareille.
LODH : collectif littéraire et libertaire, poétique et apolitique, cinématographique et vidéoludique, musical et pictural, fortement inspiré par le surréalisme et quelques autres choses.
Lovecraft : inventeur de magnificences et d’horreurs au-delà de toute vision ; général en chef des légions subaquatiques.
Matérialisme : (sens commun) dogme des esprits étroits. Le sens philosophique est à discuter, mais fort intéressant a priori.
Musique : divine entité aux mille facettes (v. rêve, échappatoire, destruction). Extériorisation des sentiments et des souffrances de l’esprit. Figure alternative de la création et de l’imagination, source de repos et de souffrances, malheureusement parfois d’argent, aussi.
Philosophie : recherche de la vérité à travers des voies tortueuses (les seules) ; l'on y trouve de quoi élever l'esprit si l'on cherche bien.
Poésie : habile composé d’esthétisme, de sentiments et de musicalité. Médium flamboyant des génies. Lande escarpée où seuls les plus talentueux parviennent à survivre.
Poulpe : espèce sous-marine et aérienne trop souvent méprisée. Sa majesté et sa puissance en font un compagnon fort appréciable. Serviteur insidieux d’existences insoupçonnables. Peut servir, à l’occasion, de gimmick littéraire et de signe de reconnaissance.
Principes : respectables si l’on sait s’en débarrasser à temps.
Réalisme/naturalisme : démarches intellectuelles et artistiques qui ne sont pas sans intérêt en elles-mêmes mais qui aboutissent souvent au prosaïsme et à la pauvreté créatrice. La réalité étant trop souvent sous nos yeux, elle en devient entièrement dénuée d’intérêt.
Réalité : bête immonde exhibée dans le zoo de la grandiose stupidité humaine.
Règles : 1. fantômes dont la disparition est nécessaire à l’émancipation de l’esprit ; ce qui n’empêche pas leur existence d’être considérée comme nécessaire au maintien d’un ordre illusoire dans la société des hommes. 2. (v. poésie) ; la liberté doit être TOTALE, c'est-à-dire que l’on fait selon son jugement et qu’il est bien sûr possible de s’en imposer à soi-même.
Rêves : il est toujours beau d’en avoir en s’aveuglant sur leur aspect chimérique. Essence de l’art, souverains suprêmes de la vie et de la mort de l’âme.
Romantisme : source de clichés et de banalités en grand nombre. Néanmoins, cela ne doit pas lui enlever le mérite (certes considérable) d’avoir montré la direction à suivre aux générations qui suivirent. Nous proclamons notre plus profond respect à l’égard des plus aventureux de ceux qui s’en réclamèrent
Suicide : acte des héros et des lâches. Trop ambigu pour être honnête.
Surréalisme : conception du monde des plus convaincantes. A aidé certains à produire de grands monuments dans l’histoire de l’esprit (v. Lautréamont). Désigne moins un mouvement circonscrit dans le temps qu’un esprit et une attitude face au monde.
Tzara : (v. DADA) ; lumineux magicien du néant, art le plus admirable qui soit.
Vie : ne nous attardons pas sur des choses aussi futiles…
Récapitulatif
En attendant de me programmer un joli Index tout beau tout propre, j'en ai fait un à l'ancienne, en faisant un peu le tri.
Philosophie de la pop culture :
- Warren Ellis et la pop culture
- Pourquoi tant de genres musicaux ?
- Pourquoi les jeux vidéo ne sont pas un art
- Why videogames cannot be an art
Esthétique générale :
- Conclusion sur l'art et l'oeuvre d'art
- Arachnophobie et anthropocentrisme
- Les philosophes n'ont pas de morale
Éthique :
- La place des animaux dans l'éthique
- Réfutation de l'antispécisme
Extrait de textes philosophiques
- Slavoj Zizek, sur la torture (extrait de Bienvenue dans le désert du réel)
- Slavoj Zizek, sur l'idéologie et l'universalité (Le sujet qui fâche)
- G.E. Moore, les sophismes de la synthèse (Réfutation de l'idéalisme)
- T.W. Adorno, Nietzsche, la foi et l'amor fati (Minima Moralia)
- G.W.F. Hegel, ou comment dire des âneries
Divers :
- Bibliographie de Quentin Meillassoux
10 octobre 2009
La contingence au cinéma
Dans la lignée de l'article précédent, je me suis mis à réécouter l'une ou l'autre conférences de Meillassoux (je recommande d'ailleurs celle sur la SF, très intéressante, même si, comme pas mal d'entre elles, consacrée largement à la répétition des thèses sur le problème de Hume, ce qui peut devenir un peu répétitif à force), et, après avoir vu le très bon Démineurs de Kathryn Bigelow, puis relu cette page sur Cracked, je me suis surpris à repenser à une vieille idée d'article : essayer de trouver des films qui mettent en oeuvre l'idée de contingence. C'est assez difficile à vrai dire, car, en fiction, un élément contingent est presque toujours la marque, soit d'un défaut dans l'élaboration de l'intrigue, soit expriment, à l'inverse, le déterminisme le plus complet.
- en effet, si le dramaturge/scénariste/écrivain/etc. manque de talent, il n'est pas rare de lui voir utiliser des éléments contingents pour faire arriver plus ou moins ce qui lui plaît à ses protagonistes, le contingent se retourne en Deus ex machina, réduit simplement au caprice d'un démiurge défaillant : pourquoi le personnage a-t-il fait ceci et pas cela, pourquoi tel autre apparaît-il soudainement ? Parce que c'est comme ça, et pas autrement. Ce genre d'arbitraire est la marque la plus commune de l'échec d'un créateur à faire fonctionner son intrigue correctement, c'est-à-dire à respecter les canons établis de la fiction.
- Ailleurs, lorsque cette contingence est explicite, c'est au sein d'un univers très déterminé : là on insiste, bien plutôt, sur le hasard, c'est à dire sur la possibilité d'un événement indéterminé qui entraîne à sa suite une série de conséquences plus ou moins inévitables. Des films comme Smoking/no Smoking, Match Point, l'Effet Papillon, etc. insistent certes sur le hasard, mais affirment par contrecoup la puissance du déterminisme, et ce d'autant plus que l'élément indéterminé est minime, puisque la puissance de la Nécessité n'en est que plus implacable.
Une manière de rendre compte de ces effets, qui semblent rendre quasi-impossible la contingence comme telle (c'est-à-dire comme distincte du hasard) est de s'en référer à la loi tirée de l'exemple dit du "Pistolet de Tchékov" : du fait de l'intensité de l'attention portée par le récepteur aux éléments d'une intrigue, la présence remarquable d'éléments arbitraires ne peut être qu'un défaut, puisqu'ils sont censés être signifiants de par la place qu'ils occupent dans la diégèse. Pour que cela ne soit pas perçu comme un manque, il faut, soit que l'intrigue en rende raison, soit matériellement (et l'on en revient aux formules traditionnelles que valorise la sentence de Tchékov), soit thématiquement (et l'on en arrive aux propos sur le hasard ou la nécessité décrits plus haut). C'est bien entendu d'autant plus visible dans la création audiovisuelle, puisque la relative limite de temps qui est impartie aux fictions traditionnelles rendent très hasardeux de mettre en avant un élément dont l'utilité narrative ou thématique est nulle. Il en va autrement en littérature, où retournements, détours et autres zig-zags sont plus facilement envisageables, étant donné que l'on a beaucoup plus de place, et donc plus d'éléments potentiels à introduire (pour le roman classique, le prologue interminable d'Illusions Perdues, les soubresauts du personnages principal de l'Éducation sentimentale, ou les digressions incessantes de la Recherche, en sont autant d'exemples appropriés). C'est pourquoi cet article portera sur des exemples cinématographiques, parce que la mise en oeuvre, dans un récit relativement court, de l'idée de contingence, y est d'autant plus délicate.
Addendum : le très talentueux Yannick Dahan, dans son émission Opération frisson, vient de répondre à mes attentes dans son émission du 9 octobre, en abordant la question de la spontanéité dans certains films (Funny people, the Chaser), qui ne s'embarrassent pas de la question de l'utilité narrative, et incluent des scènes qui servent avant tout à montrer les cahots et les hésitations de la vie, qui, comme l'on sait, ne se passe pas comme une intrigue en trois actes... je recommande la vision de cette émission pour approfondir le sujet présent.
Il est bien entendu possible de jouer avec de tels "tropes", de les contredire, de les retourner, pour jouer avec les attentes du spectateur, mais il ne s'agit pas non plus de cela : ce que je recherche, dans des films mettant en oeuvre la contingence, c'est une actualisation de l'idée que les choses sont radicalement contingentes dans la structure même de l'oeuvre. C'est-à-dire, non pas rompre une règle de la dramaturgie scénaristique en s'opposant à elle, dans une transgression qui relève tout de même de l'inscription dans un cadre établi, mais renoncer à s'y inscrire pour fonctionner de manière telle que les attentes quant à ce que devrait être une intrigue cessent d'exister.
La manière la plus directe de réaliser cela est de jouer sur la temporalité.
Memento ou Irréversible, chacun à leur manière et pour des effets différents, réalisent, en inversant le montage scène à scène de leur intrigue. Il est à remarquer qu'un film à l'envers ne produit pas les mêmes effets (je n'ai en tête que le clip Scientist de Coldplay), ou en tout cas que le procédé peut être utilisé à d'autres fins. Irréversible est particulièrement intéressant dans cette optique, parce que bien des interprétations limites que l'on peut en faire viennent d'une vision de l'oeuvre comme obéissant au modèle de Tchékov, quoique de manière détournée : ce qui arrive (dans la chronologie) avant se veut annonciateur de ce qu'il y a après. C'est se méprendre totalement : en effet, l'inversion de la temporalité a pour effet de neutraliser ce genre d'éléments (par exemple Monica Bellucci insistant sur le fait qu'un homme doit s'affirmer), puisqu'ils deviennent non pas annonciateurs, mais des contrepoints d'ironie noire, qui rendent ce que l'on sait devoir arriver d'autant plus horrible. À cette aune, Memento, quoique brillant, est plus traditionnel, contraint par son recours à des éléments policiers, là où Irréversible lie fond et forme avec plus de cohérence.
De même, parmi les films de Tarantino, dont le goût pour la temporalité désagrégée n'est plus à prouver, seul Pulp Fiction, qui se trouve d'ailleurs être mon préféré de ses films, utilise véritablement cet effet à des fins anticlimactiques, ce que ni Kill Bill, qui insiste plus sur les flashbacks et les révélations, ni Reservoir Dogs, qui joue plus directement avec le suspense, ne font (ce qu'on ne saurait d'ailleurs leur reprocher, cela signifie seulement qu'ils ne touchent pas vraiment au thème de la contingence).
Me vient également en tête À bout de souffle, dont l'intrigue à la fois excitante et errante, sans trop de raison d'être, répond bien, sinon à un traitement thématique de la contingence, du moins à la transmission d'un sentiment de contingence assez appuyé.
Voilà voilà. Si des suggestions vous viennent, n'hésitez pas ! Je suis sûr qu'il y en a bien d'autres...
09 octobre 2009
Un lien en passant
J'adore Xkcd. Drôle subtil, délirant.
Il y a même des vélociraptors !
Un petit extrait, qui exprime bien l'état d'esprit quotidien du philosophe anxieux...
source : http://xkcd.com/263/
07 octobre 2009
District 9 et l'apartheid
Je souhaite ici parler, brièvement, d'un point problématique dans la réception (à tout le moins française, mais il semble qu'il en soit de même en Anglophonie) de District 9, de Neil Blomkamp. En effet, ce film de science-fiction malin, inventif, ingénieux, perturbant et profond, a été soumis, dans son appréciation critique, à une incompréhension d'autant plus grave qu'elle engage une partie considérable de la résonance symbolique de l'oeuvre.
La quasi-totalité des critiques ont interprété le film comme une allégorie de l'Apartheid et du racisme qui la fondait ; ceux qui ont mentionné d'autres dimensions politiques l'ont fait de manière très vague, ou en supplément de cette interprétation première, qui est présentée comme la plus évidente, et à vrai dire incontestable. Or, et c'est bien le problème, District 9 est tout autre chose que cela. Pour s'en rendre compte, il suffit d'interroger l'élément a priori le plus directement en la faveur de l'interprétation commune : pourquoi l'action du film a-t-elle lieu en Afrique du Sud ? Pourquoi les Aliens maltraités et ségrégués ont-ils choisi Johannesburg comme point de chute ?
Cette question, explicitement formulée dans le métrage lui-même, contredit littéralement la vision du film comme allégorie de l'apartheid : le traitement infligé aux Aliens par tout autre pays aurait rappelé au spectateur que la discrimination raciale n'était pas si vieille, et toujours prête à revenir. Mais le fait que le film soit situé en Afrique du Sud appelle à une compréhension toute autre : en effet, l'Afrique du Sud a ceci de particulier qu'elle a déjà connu une situation de ségrégation, la plus visible et la plus organisée qui soit, et s'en est (officiellement) débarrassée. Ce fait ne saurait être pris à la légère : l'Afrique du Sud n'indique pas que le racisme latent peut toujours revenir, ce qui serait un message des plus banals, mais qu'il n'a aucun mal à revenir même dans une société qui a fait l'expérience intime de ce racisme. En d'autres mots, il n'est pas absurde de penser que les Aliens se sont réfugiés en Afrique du Sud parce qu'ils pensaient que ce pays, du fait d'avoir surmonté la ségrégation qui marqua son histoire récente, les accueillerait avec tolérance. Or, comme on sait, c'est le contraire qui se produit. Il est hautement significatif, chose que personne ne semble avoir remarquée, que les "Noirs" aussi bien que les "Blancs" Afrikaners participent de concert à la discrimination et la ségrégation contre les aliens...
A quoi conduit cette interprétation nouvelle ? A ceci, que le message politique de District 9 porte non pas sur le racisme "à l'ancienne", attendu, déjà traité ailleurs, mais sur le racisme toujours possible même, pour ne pas dire surtout, dans les sociétés prétendument post-raciales. Les Sud-Africains, dans ce films, sont la marque la plus appuyée possible du fait que l'histoire ne nous apprend rien, que les sociétés qui prétendent avoir éradiqué ou surmonté le racisme (et donc, en premier lieu, les Etats-Unis d'Obama...), l'accueillent toujours en leur sein, au moins en tant que résurgence prête toujours à apparaître, pour ne pas dire qu'il n'est jamais parti, qu'il a simplement été refoulé, ayant trouvé d'autres formes, d'autres modes de manifestation...
Cette mésinterprétation flagrante n'est pas, à mon sens, seulement à mettre au discrédit d'une critique journalistique à courte vue, mais aussi de la condescendance avec laquelle le cinéma "de genre", la science-fiction au premier chef, est traité : il est impossible de prêter à un film avec des CGI, des Aliens, et des guns futuristes, aucune dimension symbolique autre que la plus lourdingue et la moins subtile, parce que ce genre de film est, et restera toujours, de second rang, de Série B ; voilà la conviction des critiques de France et d'ailleurs, enfermés dans une tour d'ivoire inexpugnable, que révèle le malentendu de District 9.
25 septembre 2009
Quentin Meillassoux : Bibliographie
Voici l'ensemble des ressources web que j'ai pu trouver de la main de Quentin Meillassoux, un philosophe contemporain du plus grand intérêt. Il manque bien entendu la plupart de ses cours, dont je possède une partie mais au statut non véritablement public, ainsi que certaines interventions , mais à part ça, l'internaute curieux pourra y faire son miel. Tous ces documents sont disponibles ailleurs ; j'ai fait l'effort ici de les compiler, ajoutant quelques unes qui ne me semblent pas être vraiment faciles à trouver...
Addendum : les sources de ma compilation se trouvent sur Wikipedia, Speculative Heresy, et sur le site du Ciepfc
Écrits :
L'inexistence divine. Essai sur le Dieu virtuel, thèse de doctorat, 1997 (non publié)
Après la finitude. Essai sur la nécessité de la contingence, Paris, Le Seuil, 2006
« Nouveauté et événement », in Alain Badiou. Penser le multiple, C. Ramond (éd)., Paris, L’Harmattan, 2002
« Deuil à venir, dieu à venir », Critique, janvier-février 2006, n°704-705
« Potentiality and virtuality », Collapse II, Printemps
2006
Subtraction and Contraction: Deleuze, Immanence and Matter and Memory, Collapse III, octobre 2007
Spectral Dilemma, in Collapse IV, (numéro téléchargeable gratuitement), avril 2008
Contingence et absolutisation de l'un, conférence donnée à la Sorbonne, dans le cadre du colloque "Métaphysique, ontologie, hénologie", Paris-I, 2008
Time without becoming, conférence donnée à l'université Middlesex de Londres, 8 mai 2008
Conférences :
- Temps et surgissement ex nihilo (audio), 24 avril 2006
-Métaphysique et fiction des mondes hors sciences (vidéo) 18 mai 2006
- La décision et l'indécidable dans L'être et l'événement I et II (audio) 24 novembre 2006
- Traduction anglaise d'Histoire et événement chez Alain Badiou Intervention au séminaire « Marx au XXIe siècle : l’esprit & la lettre », 2 février 2008
- La finalité aujourd'hui (audio), introduction au séminaire 2008-2009 "Le finalisme", 24 septembre 2008
Autres :
Interview dans l'émission "Metropolis", Arte, émission du samedi 25 février 2006, à propos d'Après la finitude.
29 août 2009
The longest way... (amazing video)
The Longest Way 1.0 - one year walk/beard grow time lapse from Christoph Rehage on Vimeo.
November 9th 2007 - November 13th 2008
one year on foot - 4646km through China
unlimited beard & hair growth
http://www.thelongestway.com
musical score by the kingpins ( http://www.myspace.com/theoneandonlykingpins ) and zhu fengbo
Additional info:
- I never finished my original goal of walking to Germany. Instead, I walked for a year and roughly 4500km, passed the desert of Gobi, and then decided to stop walking for now.
- All of the distance from Beijing to Ürümqi has been completed solely on foot, straight good old walking. There are instances where you can see me in the video sitting on a plane or riding a boat, but those are during breaks I had to take from walking, either to sort out bureaucracy issues or to take care of some personal things.
- I had been planning this trip for over a year before I even started, and getting as far as I got was an experience for which I am very grateful.
- Obtaining the necessary visa for a trip like this was not very easy, hence I had to go back to Beijing a few times to resolve some issues.
- The songs I used in the video are 1) Zhu Fengbo - "Olive Tree" and 2) The Kingpins - "L'aventurier" - visit the Kingpins website if you want to know more, they are very cool I think.
- This is not a strict "1 pic a day" video, because I wanted to make it a bit more alive by adding some additional movement. Sometimes during the film you would follow me turn around, or something would happen in the background. I tried to capture these moments to make the video more interesting.
- The core of this project is in fact my website "www.thelongestway.com" where I have posted my extensive travel diary, starting from day 1 (Nov 9th 2007) and describing every single day until the end one year later.
Many Thx to Fabulousrice for showing me this vid !
28 août 2009
Les philosophes n'ont pas de morale
Ce que j'aime bien, dans la bande dessinée américaine classique, dans les histoires de super-héros, c'est, indépendamment du talent des auteurs (lequel peut être remarquable), l'échelle à laquelle elles se passent. En présentant des individus dotés d'une responsabilité directe sur des pans considérables du monde (une ville, une planète, voire l'univers), ces histoires acquièrent une intensité, une grandeur, que l'on a du mal à ressentir dans bien des fictions, même spectaculaires. Peut-être est-ce dû précisément à leur simplicité, qui permet de marier l'épique et le bon gros sens commun au sein d'un même récit apparemment grandiose. Bigger than life, disent-ils.
Toujours est-il que cette introduction avait pour but d'expliquer où j'avais tiré l'exemple qui va nous occuper aujourd'hui.
En effet, dans le Fourth World de Jack Kirby, et plus récemment dans la série Final Crisis (dont un TPB a été récemment publié), est présentée un objet particulièrement intéressant en termes de récit, mais également fascinant dans ses implications philosophiques, j'ai nommé, l'Anti-Life Equation.
L'Anti-Life Equation (ALE) * est définie comme un objet mathématique prouvant la non-existence du libre-arbitre. Toute personne qui s'y trouve exposée voit ipso facto sa liberté anéantie.
Ainsi, dans Final Crisis, le principal villain, Darkseid, se retrouve en possession de ladite équation, et s'en sert pour asservir les humains, ce qui donne lieu, soit dit en passant , à quelques passages très impressionnants :

Examinons donc ce qu'implique la possibilité d'un tel objet pour un philosophe, en en la dépouillant de ses caractéristiques de science-fiction : une preuve formelle de quelque chose qui non seulement est contre-intuitif, mais aussi, et de manière évidente, profondément destructeur. Quand bien même il aurait la possibilité physique d'y résister, que devrait faire un philosophe confronté à une ALE ?
C'est ici, littéralement, le statut qu'il accorde aux pouvoirs de la raison, qui est en jeu. Pour un wittgensteinien ou un humien, selon qui la raison humaine ne peut jamais rien prouver d'éminent, un tel objet ne serait la que la preuve de la nécessité de ne pas trop accorder de poids aux conclusions auxquelles nous mène l'argumentation.
Pour quelqu'un qui lui apporte quelque crédit, il se trouve alors déchiré, devant savoir s'il doit accorder plus de crédit à une preuve apparemment irrésistible mais insoutenable, ou à une intuition non prouvée, incertaine, mais protectrice. De quel côté pencher, et surtout, pourquoi ? Il n'y a à cela pas de réponse définitive...
On peut supposer, cependant, que la notion d'honnêteté intellectuelle forcerait le philosophe, soit à se livrer à l'Anti-life-Equation, soit à renoncer à la raison. Il existe donc, ainsi, en tout philosophe la potentialité d'une absence totale de morale ; celui-ci, ne se laissant jamais guider par autre chose que sa raison, n'hésitera pas à mettre en valeur les thèses les plus apparemment absurdes, étranges, ou dangereuses, si elles lui apparaissent fonder, au moins le temps d'étudier leur véritable force. Il ne faut donc jamais faire confiance à un philosophe, car c'est une créature sans foi ni loi, qui vit sous la conduite de la pensée, et n'a pas d'autre loyauté qu'envers elle...
(cette réflexion m'a été en partie inspirée par The Pig That wants to be Eaten : 100 experiments for the armchair philosopher, "Rationality Demands")
Le bon côté de cette caractéristique (car bon côté il y a), est que le philosophe, en tant que tel, s'oppose à l'idéologue. Dans une conversation argumentée, lorsque la situation l'exige, le philosophe n'hésitera pas à critiquer son propre camp et ses propres arguments, à accorder de la vraisemblance aux opinions adverses ; à cela, la raison en est, que le philosophe se soucie peu d'avoir raison, mais uniquement d'être du côté de la raison, fût-ce au prix du renoncement à ses positions premières. Le philosophe n'a pas d'orgueil dialectique, n'a pas de position intouchable, il est toujours prêt à discuter, à détailler, à reconnaître son erreur. En ce sens, tout philosophe est disciple de Socrate qui, par contraste avec les maîtres philosophes quasi religieux qui l'ont précédé, ou les sophistes protéiformes qu'il rencontrait, ne se laissait guider que par les raisonnements, et admettait entièrement la possibilité d'être réfuté, l'affirmant même comme désirable.
"- Belle difficulté vraiment, Socrate, de te réfuter ! Un enfant même te prouverait que tu es dans l’erreur.
- J’aurais beaucoup de reconnaissance à cet enfant, et j’en aurai autant pour toi, si tu me réfutes et me débarrasses de ma niaiserie. Ne te lasse donc pas d’obliger un homme qui t’aime, et réfute‑moi." (Gorgias, 470)
"Aussi bien je ne parle pas comme un homme sûr de ce qu’il dit, mais je cherche de concert avec vous, en sorte que, si mon contradicteur me paraît avoir raison, je serai le premier à le reconnaître." (ibid., 506)
C'est pour cela aussi que les philosophes sont insupportables dans une discussion, parce qu'ils n'ont pas de fidélité, pas d'attaches, pas de : ils ne suivent que la clarté du raisonnement et la solidité des prémisses, et peuvent changer de camp, ou en tout cas renoncer au leur, dès qu'ils perçoivent qu'il n'y a pas de motifs assez forts pour y tenir. En dialectique mais aussi ailleurs, les philosophes sont d'éternels immoralistes, qui ne perçoivent jamais dans les conventions des hommes que des inventions arbitraires, et n'ont de fidélité qu'à l'Être qui les fonde (ou à cette absence d'Être, c'est selon). Fuyez donc, car ces gens-là n'obéissent qu'à leurs propres lois, et sont donc immensément dangereux...
*Je me refuse à en utiliser la traduction française, pour la raison très simple qu'elle manque cruellement d'élégance.
PS : afin d'éviter tout malentendu, je tiens à préciser que le portrait fait ici des philosophes est bien plutôt un portrait du Philosophe qui est en chacun, et qui est loin de se trouver pleinement réalisé ailleurs que chez quelques rares exceptions...
25 août 2009
Pendant ce temps à Vera Cruz... (2)
- Robert Redeker se ridiculise en diatribes atrabilaires dans Le monde, et se fait corriger vertement. Pour une fois, la polémique a du bon.
- Un show télévisé centré autour de Steven Seagal est en préparation. Ce qui, pour les cinéphiles déviants comme moi, n'est pas loin de constituer la preuve irréfutable que Dieu existe (et qu'il aime les films de série Z).
- En cinéma, la bande annonce de Tron Legacy a l'air particulièrement alléchante, ne serait-ce que par la présence de Jeff "The Dude" Bridges en personne.
- Pinocchio vampire Slayer ! Need I say more ?
- Je viens de finir À la recherche du temps perdu (woo !). Ce serait bien peu de choses, et à peine digne de mention, s'il ne s'agissait de l'aboutissement d'un rituel au long cours, commencé en 2003, et opéré à raison d'un tome par an. Je me sens bien vieux, tout à coup. Il ne me reste donc, pour que ma vie ait un semblant de signification... qu'à recommencer la tâche du début, en espérant qu'elle soit moins stérile que celle de Sisyphe.
(en dépit du caractère relativement mélancolique de ce dernier paragraphe, je suis entièrement ravi de la lecture d'une suite d'ouvrage qui m'ont tous considérablement touché et qui laissent une trace profonde dans ma façon de percevoir les choses !)
Edit : Woo ! Cinquantième message !
100 trésors cachés (Les Inrockuptibles)
Oui, à moi aussi, le titre de cette compilation me paraît complètement ridicule, et le tampon des Inrocks est quelque chose qui tend à retirer tout enthousiasme sur mon radar esthétique. C'est probablement une des raisons pour lesquelles je n'ai pas touché à ce coffret depuis qu'on me l'a offert il y a déjà plus d'un an.
Grossière erreur ! Car, si l'appellation "trésors cachés" est plus qu'inexacte (vu que la plupart des titres en question sont relativement faciles à trouver, pour ne pas dire plus), le contenu de ce coffret est extrêmement intéressant. Bien entendu, puisqu'il s'agit d'une compilation, l'on y trouve des hauts et des bas, mais il y a tant de beaux titres, de chansons étranges, originales ou simplement agréables à écouter, que je me trouve au final devant un des disques les plus rafraîchissants qu'il m'ait été donné de découvrir depuis longtemps. Ce qui n'est peut-être pas beaucoup étant donné que je n'ai pas acheté de musique depuis deux ou trois mois, mais c'est déjà pas mal.
Je n'ai pas tout parcouru à fond, ne serait-ce que parce que je suis pas mal bloqué sur le deuxième CD à l'heure actuelle ; nonobstant je recommande chaudement ce coffret, même si à vous aussi ça vous mettra un peu la honte d'avouer où vous avez déniché toutes ces chansons de qualité. Très honnêtement, cela en vaut largement la peine.
Edit : voici mes chansons préférées des disques 2 et 3...
Franz Ferdinand, All my friends (2,1)
Iron & Wine, Such great heights (2,8)
Beirut, Elephant Gun (2,10)
Aphex Twin, Nanou 2 (2,16)
The Smiths, this charming man (3,1)
Geggy Tah, whoever you are (3,2)
Bonnie Prince Billy, Puff the magic Dragon (3,5)
L'on pourra également trouver du charme à nombre des reprises plus ou moins décalées que l'on peut y trouver (Oops I did it again, Smells like teen spirit, Killing in the Name...). En ce qui me concerne, pour certaines raisons qui ont à voir avec l'indéfinie répétitivité d'un tel exercice, je m'abstiendrai de statuer à leur sujet ; mais si l'idée vous plaît, n'hésitez donc pas.
22 août 2009
Of Blackest night, and other events
(I am more or less forced o write this in english, since I don't currently have access to an azerty computer. Anyhoo...)
Reading the (relatively slow) beginning of DC s main event this year, entitled Blackest Night, which centers on a highly kickass concept (zombie superheroes !), I think it could be interesting to compare it to some other previous events, both successful and disappointing. Not being a complete comic-crazed fan, I have only read other events, which are
- Infinite crisis, convoluted, confusing, but well structured and, ultimately, enjoyable
- Crisis on Infinite Earth, which has not aged very well, but still remains a pretty good piece of storytelling
- Civil war, well-written and entertaining, but not much else
- Clone saga, very confusing and also very dated
- Zero hour, starts off well, then spirals quickly into lameness
- Identity Crisis, not really a Big Event, but smooth writing, moral dilemmas and grittiness with a point other than to shock Does get you a long way
- Secret wars, amusing and interesting throughoutm though completely pointless ultimately
- Secret wars II, whcih is obviously imperfect and suffers from poorly-executed tie-oins, but remains consistent, and derserves a special mention for originality and its notable existential dimension, which is rare enough in superhero comics to be acknowledged and enjoyed (whcih I did)
- Final Crisis, which I really liked at first,but now have mixed feelings about. I will devote my next comics-related article to the subject.
- Sinestro Corps war, which was quite excellent and understandable even for a rookie like me
Of all the above, mostly Identity Crisis and Sinestro Corps surface as memorable. Compared to these twom it is quite hard to assess the quality of Blackest nightm especially this soon, but I can go as far as to say it is quite good, relates to the DC universe in a streamlined though rich way, has good tie-ins so far (I can suppose it will be a very different situation when the simultaneous DC titles ALL involve BN in november, but anyway...). So the whole thing looks very promising, especially fared against the average comics event.
See you soon for more updates !


