La Ligue orageuse des démons hurleurs, ou  LODH, collectif défunt (2003-2005) et pourtant bien vivace, a commis au cours de son existence une masse non négligeable de textes, poèmes, tracts, dessins, et revues, restés entièrement confidentiels. En hommage à ces huluberlus, je reposterai au cours du présent mois quelques-uns de leurs faits d'armes les plus dignes d'intérêt, à commencer par ce pittoresque dictionnaire : 

 

 Dictionnaire du LODH

 

 

Adage : sont faits pour ne pas être respectés. Réunis, forment l’apogée de la contradiction.

Amour : sentiment suprême, paradoxe le plus passionnant de l’humanité. Relatif à la façon dont il est vécu. Drogue du cœur, apaise et émerveille l’esprit (souvent pour mieux le broyer ensuite). A le mérite de former l’homme aux choses de la vie. Vaut toujours la peine d’être vécu.

Art : religion des hommes libres.

Beauté : relative par essence. On la trouve en toute chose, il suffit de la voir.

Cinéma : affublé du titre de septième art, à tort : mérite place plus digne. Art de l’image sublimée, de l’esthétisme animé, malencontreusement trop souvent galvaudé du fait d’une récupération mercantiliste.

Créateur : tout être donnant naissance à une œuvre ou à un mouvement de pensée par la puissance de son esprit et de son corps ; l’homme n’étant pas considéré comme une œuvre, nous renions fervemment l’emploi et le sens religieux de ce terme. 

Cthulhu : entité surhumaine et inhumaine qui, quoique charmeuse, a le regrettable défaut de ne pas exister. C’est bien dommage car en ce cas nous l’aurions vénéré avec le plus grand zèle (v. Lovecraft ; définition également applicable à Yog-Soggoth, Azathoth, Nyarlathotep, Shub-Niggurath, etc.)

DADA : transcendance de toutes les idées. Que sommes-nous en face de lui ?

Destruction : syn. création ; v. DADA

Échappatoire : poignard assassin de la médiocrité qui me fait face. Se manifeste de diverses façons, superposables, aléatoires et plus ou moins naturelles. Les portails ne restent pas toujours ouverts.

Étoffe : passer trop de temps à la broder ne revient pas à faire du beau.

Folie : 1. tout ce qui est exprimé de façon extrêmement déviante par rapport à la norme sociale (v. amour, poésie, musique, suicide, Lautréamont). 2. tourment bestial d’un esprit en peine ; existence des âmes mortes.

Humanité : vous. Malheureusement, nous aussi.

Jeux vidéos : (v. cinéma) ; considéré trop souvent comme un simple divertissement, peut abriter à n’en pas douter une certaine dimension artistique, mais elle semble s’ignorer pour le moment. L’univers de l’illusion audiovisuelle interactive est trop jeune, trop fragmenté, trop diversifié pour être pleinement jugé, peut être encore à la recherche d’une certaine identité globale. Suzuki, Miyamoto, Bushnell, Amano et quelques autres, génies de la création imaginative, sont la preuve d’un avenir artistique prometteur et en font un univers non négligeable malgré un aspect commercial et infantile.

Lautréamont : prophète adulé et respecté. Nous croyons fermement en sa folie.

Littérature : (v. Lautréamont, Lovecraft, Tzara) ; art des illusions fantomatiques et illimités. Procure une jouissance à nulle autre pareille.

LODH : collectif littéraire et libertaire, poétique et apolitique, cinématographique et vidéoludique, musical et pictural, fortement inspiré par le surréalisme et quelques autres choses.

Lovecraft : inventeur de magnificences et d’horreurs au-delà de toute vision ; général en chef des légions subaquatiques.  

Matérialisme : (sens commun) dogme des esprits étroits. Le sens philosophique est à discuter, mais fort intéressant a priori.

Musique : divine entité aux mille facettes (v. rêve, échappatoire, destruction). Extériorisation des sentiments et des souffrances de l’esprit. Figure alternative de la création et de l’imagination, source de repos et de souffrances, malheureusement parfois d’argent, aussi.

Philosophie : recherche de la vérité à travers des voies tortueuses (les seules) ; l'on y trouve de quoi élever l'esprit si l'on cherche bien.

Poésie : habile composé d’esthétisme, de sentiments et de musicalité. Médium flamboyant des génies. Lande escarpée où seuls les plus talentueux parviennent à survivre.

Poulpe : espèce sous-marine et aérienne trop souvent méprisée. Sa majesté et sa puissance en font un compagnon fort appréciable. Serviteur insidieux d’existences insoupçonnables. Peut servir, à l’occasion, de gimmick littéraire et de signe de reconnaissance.

Principes : respectables si l’on sait s’en débarrasser à temps.

Réalisme/naturalisme : démarches intellectuelles et artistiques qui ne sont pas sans intérêt en elles-mêmes mais qui aboutissent souvent au prosaïsme et à la pauvreté créatrice. La réalité étant trop souvent sous nos yeux, elle en devient entièrement dénuée d’intérêt.

Réalité : bête immonde exhibée dans le zoo de la grandiose stupidité humaine.

Règles : 1. fantômes dont la disparition est nécessaire à l’émancipation de l’esprit ; ce qui n’empêche pas leur existence d’être considérée comme nécessaire au maintien d’un ordre illusoire dans la société des hommes. 2. (v. poésie) ; la liberté doit être TOTALE, c'est-à-dire que l’on fait selon son jugement et qu’il est bien sûr possible de s’en imposer à soi-même.

Rêves : il est toujours beau d’en avoir en s’aveuglant sur leur aspect chimérique. Essence de l’art, souverains suprêmes de la vie et de la mort de l’âme.

Romantisme : source de clichés et de banalités en grand nombre. Néanmoins, cela ne doit pas lui enlever le mérite (certes considérable) d’avoir montré la direction à suivre aux générations qui suivirent. Nous proclamons notre plus profond respect à l’égard des plus aventureux de ceux qui s’en réclamèrent

Suicide : acte des héros et des lâches. Trop ambigu pour être honnête.

Surréalisme : conception du monde des plus convaincantes. A aidé certains à produire de grands monuments dans l’histoire de l’esprit (v. Lautréamont). Désigne moins un mouvement circonscrit dans le temps qu’un esprit et une attitude face au monde.

Tzara : (v. DADA) ; lumineux magicien du néant, art le plus admirable qui soit.

Vie : ne nous attardons pas sur des choses aussi futiles…