Et quand le maître parle, on écoute : 


http://www.nanarland.com/play_ilsontdit.php?aud=54


 

« Vous croyez que ce plancher existe, parce que vous sentez qu'il vous résiste. Quoi donc ! est-ce que l'air n'a pas autant de réalité que votre plancher, à cause qu'il a moins de solidité ? Est-ce que la glace a plus de réalité que l'eau, à cause qu'elle a plus de dureté ? Mais, de plus, vous vous trompez : nul corps ne peut résister à votre esprit. Ce plancher résiste à votre pied : je le veux. Mais c'est tout autre chose que votre plancher ou que votre corps, qui résiste à votre esprit ou qui lui donne le sentiment que vous avez de résistance ou de solidité.

 Néanmoins je vous accorde encore que votre plancher vous résiste. Mais pensez-vous que vos idées ne vous résistent point ? Trouvez-moi donc un cercle deux diamètres inégaux, ou dans une ellipse trois égaux ; trouvez-moi la racine carrée de 8, et la cubique de 9 ; faites qu’il soit juste de faire à autrui ce qu’on ne veut pas qu’on nous fasse à nous-mêmes ; ou, pour prendre un exemple qui revienne au vôtre, faites que deux pieds d’étendue intelligible n’en fassent plus qu’un. Certainement la nature de cette étendue ne peut le souffrir. Elle résiste à votre esprit. Ne doutez donc point de sa réalité. Votre plancher est impénétrable à votre pied ; c’est ce que vous apprennent vos sens d’une manière confuse et trompeuse. L’étendue intelligible est aussi impénétrable à sa façon ; c’est ce qu’elle vous fait voir clairement par son évidence et par sa propre lumière »

 

Malebranche, Entretiens sur la métaphysique.