J'avais publié un extrait assez affligeant de Hegel il y a quelques mois. Dans le même esprit, et avant ma publication du paragraphe 53 de la Critique de la faculté de juger, hilarant, voici le fameux dernier segment du Traité Politique de Spinoza, célèbre pour sa misogynie affligeante. 

 Peut-être demandera-t-on si les femmes sont par nature ou par institution sous l'autorité des hommes ? Si c'est par institution, nulle raison ne nous obligeait à exclure les femmes du gouvernement. Si toutefois nous faisons appel à l'expérience, nous verrons que cela vient de leur faiblesse. Nulle part sur la terre hommes et femmes n'ont régné de concert, mais partout où il se trouve des hommes et des femmes, nous voyons que les hommes règnent et que les femmes sont régies, et que, de cette façon, les deux sexes vivent en bonne harmonie ; les Amazones au contraire qui, suivant une tradition, ont régné jadis, ne souffraient pas que des hommes demeurassent sur leur territoire, ne nourrissaient que les individus du sexe féminin et tuaient les mâles qu'elles avaient engendrés. Si les femmes étaient par nature les égales des hommes, si elles avaient au même degré la force d'âme, et les qualités d'esprit qui sont, dans l'espèce humaine, les éléments de la puissance et conséquemment du droit, certes, parmi tant de nations différentes, il ne pourrait ne pas s'en trouver où les deux sexes règnent également, et d'autres où les hommes seraient régis par les femmes et recevraient une éducation propre à restreindre leurs qualités d'esprit. Mais cela ne s'est vu nulle part et l'on peut affirmer en conséquence que la femme n'est pas par nature l'égale de l'homme, et aussi qu'il est impossible que les deux sexes règnent également, encore bien moins que les hommes soient régis par les femmes. Que si en outre on considère les affections humaines, si l'on reconnaît que la plupart du temps l'amour des hommes pour les femmes n'a pas d'autre origine que l'appétit sensuel, qu'ils n'apprécient en elles les qualités d'esprit et la sagesse qu'autant qu'elles ont de la beauté, qu'ils ne souffrent pas que les femmes aimées aient des préférences pour d'autres qu'eux, et autres faits du même genre, on verra sans peine qu'on ne pourrait instituer le règne égal des hommes et des femmes sans grand dommage pour la paix. Mais assez sur ce point.

 

Traité de l'Autorité Politique, XI, §4

Étant moi-même un grand admirateur du penseur de La Haye, il est nécessaire, non pas de déplorer, mais de comprendre une telle occurrence, quelque anachronique qu'elle puisse sembler aujourd'hui. Pour cela, se plonger dans "Femmes et Serviteurs dans la démocratie spinoziste", A. Matheron, Anthropologie et politique au XVIIe siècle (études sur Spinoza).