Comme je l'avais fait lors de ma dernière tentative, voici une petite présentation de la liste qui va dominer mon esprit pendant les mois à venir. Ce qu'il faut garder en tête, principalement, est qu'il y a un grand écart entre la réaction spontanée, épidermique, à la lecture des noms, et l'appréciation que l'on a après avoir passé un peu de temps en leur compagnie. Il n'est pas à douter que j'aurai encore changé d'avis à la fin de l'année, c'est le jeu. Alors, récapitulons : 

- L'animal :  thème qui m'enthousiasma de prime abord, il est cependant bien plus piégeux qu'il n'en a l'air. En effet, derrière une thématique très air du temps sur les droits des animaux, il y a une multitude de questions classiques qui se font jour, sur l'unité du genre animal, l'animal dans les représentations, etc., qui suppose une approche bien plus traditionnelle. C'est un sujet difficile, mais l'originalité est conservée me semble-t-il, et je pourrai quand même approfondir les thématiques sur la nature et le décentrement à l'égard de l'anthropocentrisme qui me sont chères. 

- Rousseau : j'étais en premier lieu content sans être particulièrement excité, mais plus le temps passe, plus je suis intéressé par cet auteur. Nous avons à travailler "seulement" les œuvres politiques, ce qui n'est déjà pas mal. Je suis cependant surpris d'avoir fréquemment rencontré des réactions négatives à l'égard de cet auteur de la part d'étudiants en philosophie, comme trop littéraire ou pas assez sérieux. Il est vrai que Rousseau écrit dans un français ample, apparemment peu technique, en tout cas pas jargonnant. Mais le soupçon de non-rigueur est complètement ridicule, et renvoie à des souvenirs de lycée mal digérés. Passez cinq minutes sur le Contrat social, et vous constaterez non seulement la solidité du propos, mais aussi son originalité. Franchement, à côté de la balourdise habituelle des philosophes, un auteur polyvalent comme Rousseau est très appréciable.

- Plotin :  Pas forcément le plus facile, ni le plus évident, c'est cependant une pensée puissante, originale, et franchement dépaysante. Après deux années de programme scolastique, il est heureux de voir que l'on a un peu de spéculation métaphysique à explorer. Je suis encore un peu prudent, mais enthousiaste.

- Hegel, Principes de la philosophie du droit : un gros morceau. Je vais le confesser, je n'avais jamais lu une seule ligne de Hegel de tout mon cursus. C'était volontaire, par une aversion presque naturelle du babillage hégélien et de sa capacité à tout transformer en morceau de l'Esprit absolu. Je ne conteste cependant pas l'intérêt de cette pensée, à laquelle tout mon être résiste à chaque ligne. Mais c'est justement l'intérêt. Au moins je pourrais commencer à comprendre un peu mieux les pseudos-paradoxes de Zizek avec ça...

- Arnauld et Nicole, La logique ou l'art de penser : C'est peut-être la partie du programme qui m'attire le moins ; en gros, de la théorie de la connaissance et de la logique aristotélicienne, très classique, très sérieux. Hm. Il faudra que je n'oublie pas de me plonger dedans cet été

- Domaine : les sciences humaines. Très excitant, mais très périlleux. À première vue, j'étais ravi de ce choix, qui inciterait tous les philosophes à sortir de leur bulle et à se confronter à des modes d'analyse à la fois spécifiques et concrets. Cependant, après la présentation, non seulement le travail nécessité par une telle thématique est considérable, demandant en gros de maîtriser les concepts-clés et les méthodes de toutes les disciplines retenues par le jury (ethnologie, sociologie, linguistique, théorie littéraire, psychologie, économie, psychanalyse, histoire, et même géographie !), ce qui implique un grand risque de vouloir "balayer" les fondements sans entrer dans des auteurs ou des problèmes précis, mais en plus il est demandé le type de réflexion traditionnellement philosophique, sur l'unité et la cohésion des sciences humaines, etc., approche qui me semble trop globale. C'est donc un sujet très exigeant, mais je pense que cela en vaut la peine.

- Goodman, Manières de faire des mondes (en anglais) ; je ne suis pas sûr pour cela, mais j'ai déjà travaillé sur Goodman, et un peu de nominalisme ne peut pas faire de mal !

 

Commentaires généraux : il me semble qu'il y a plusieurs tendances dans ce programme, et elles sont toutes rafraîchissantes. D'une part, on sort des chemins trop scolastiques et trop établis pour montrer que la philosophie suppose de maîtriser des questions concrètes, ce qui est un bon point. Ensuite, l'insistance, à travers Hegel, Rousseau, et les sciences humaines, sur les thématiques sociétales ou politiques, suppose une forme de reconnaissance de la nécessité d'une culture politique solide chez les philosophes, qui est encore une fois bienvenue. Dans l'ensemble, c'est un programme très encourageant, qui ne démord pas de la rigueur exigée du concours.

Au boulot maintenant !