Les reprises musicales constituent de nos jours un mode musical à part entière, et leur présence, si ironique, si appauvrissante, et si dérisoire, me laisse un goût amer. Cette culture du parasitisme où nous évoluons, où l'intelligence et le génie ont laissé place à la bien piètre "créativité" (il y aurait tout un texte à écrire sur ce changement de vocabulaire, qui exhale la fin de toute ambition : la créativité est fille de la démocratisation des arts, et qu'importe la qualité, tant que vous êtes créatifs), où le génie méconnu laisse place aux postures les plus médiocres, a quelque chose de tout à fait désespérant, et le culte contemporain de la reprise en participe entièrement : là où les artistes débutants "font leurs classes" en reprenant des chansons standards soit pour s'exercer, comme on peinerait sur Bach ou Bartok, ou en puisant dans un réservoir communs de classiques, il n'y a pas grand chose à dire : on se forge une identité en se frottant à celle des autres. Mais quand la reprise se veut un exercice à part entière, une lassitude certaine se fait sentir. Surtout lorsqu'il s'agit de jouer sur le registre de la rupture des genres : Diams en George Brassens, Nirvana en crooner, n'importe quoi en jazz ou Bossa nova, du moment que c'est inattendu et décalé, nulle inquiétude, ça va marcher, il y aura bien quelqu'un pour trouver cela du plus haut piquant. Un tel exercice de dissonance, dans la mesure où il repose 1. Sur un cadre de consensus culturel (la connaissance des chansons, valeurs prédéfinies associées aux genres) 2. Sur un procédé plus conceptuel que proprement esthétique, est assez en phase avec les reproches de vacuité communément jetés à l'art contemporain. Et de fait, une fois le goût de la nouveauté effacé, que reste-t-il ? Le jeu de la référence ne peut pas durer bien longtemps. En avoir entendu une, c'est avoir tout compris, c'est les avoir toutes entendues. 

Il y a donc des objections pourrait-on dire de principes à l'ubiquité de la pratique de la reprise systématique. Mais alors comment expliquer ce qui fait une bonne reprise (par opposition à certains désastres palpables), ce qui rend de tels déplacement goûteux, voire délicieux, comment comprendre qu'un original est sublimé ?

 

 Je ne vais pas faire mon malin, je n'en ai pas la moindre idée. Qui plus est, je suis coupable, j'adore bêtement Nouvelle Vague avec une dévotion sans pareil. Il est certain que le talent musical n'y est pas pour rien, et il suffit de comparer la présente chanson avec l'original pour comprendre de quoi il est question. Cependant, force est de constater que NV représente le point absolu de la reprise clin d'œil poseur ultra-référentielle, et que cette composante, pourtant destinée à m'énerver au plus haut point, est une composante intégrale de son succès. Je laisse là cette article que je ne sais comment continuer, mais c'est assurément une question que je dois approfondir, probablement à travers celle des genres musicaux en général. À ce sujet, vous pouvez consulter cet article d'il y a quelques années déjà.